dimanche 5 mars 2017

Journalisme, vérification et positivisme – RussEurope

Journalisme, vérification et positivisme – RussEurope: "J’ai été interviewé par Mme Sophie LAMBERTS, dans le cadre des Assisses du Journalisme, sur les pratiques de vérification qui se multiplient dans la presse, et sur la question des fausses nouvelles. Je publie ici cette interview.

 

Croyez-vous en la mort du fact-checking ? 
 

Je ne crois ni en la vie ni en la mort du « fact-checking », ce que l’on devrait appeler la « vérification » en cessant d’utiliser ce jargon qui n’est ni de l’anglais ni du français. Tout simplement parce que ce genre de formule est vide de sens. Il faudra toujours vérifier et revérifier des sources. C’est un impératif absolu. Mais, cela ne saurait suffire. Comme praticien des sciences sociales, comme économiste, je le fais d’ailleurs en permanence. Mais, vérifier est aussi bien souvent déconstruire un « fait ». On oublie cela trop souvent. Ce qu’il y a de pervers dans ce que l’on appelle le « fact-checking » (la vérification) c’est la croyance en des « faits » qui existeraient au-delà des débats dans lesquels ils s’insèrent. C’est la résurgence d’une idéologie du XIXème siècle, le positivisme, que l’on pensait renvoyée dans les placards. Les historiens de l’Ecole des Annales ont, en France, écrit des choses remarquables sur ce point.

Le véritable problème est donc en réalité le positivisme et non le principe de vérification ou de « fact-checking », car ce dernier s’appuie et se nourrit justement de cette idéologie. C’est le positivisme, cette idéologie devenue une véritable croyance en l’existence de « faits » en surplomb au-dessus des représentations et des idées, qui est le principal problème. Mais, de cela, les journalistes qui pratiquent la « vérification » ne semblent avoir aucunement conscience. Il faudra donc liquider le positivisme ; le reste ira alors de lui-même."

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